Emilie Tolot

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Le parcours d'Emilie Tolot

Un geste qui vient de loin

 

Origine. Née en 1980. Fille d’un architecte et d’une dessinatrice. Maîtrise d’histoire de l’art à l’université Lyon II. Piano. Cours d’Anatomie aux Beaux-Arts. Influencée aussi bien par le travail de Camille Claudel que d'Ousman Sow. Passionnée de littérature : Rilke, Zweig, Juliet…

Initiation. Commence à sculpter à 15 ans. Rencontre la céramiste Cécilia Delgado

qui l’initie au modelage. Puis donne des cours de sculpture d’après modèle vivant.

Dessins au fusain. Restauration d’objets d’art. Premières expositions et premiers

prix.

Création. Travail dans son atelier. Réalise des bronzes, expose à ArtClub Gallery à

Lyon. Naissance de deux filles. Privilégie le mouvement qui commence à

s’inscrire dans son geste. En utilisant la terre auto-durcissante.

Danse. Découvre le danseur et chorégraphe Mourad Merzouki. A travers «Boxe

Boxe». Collabore avec lui sur le Festival Karavel. Dessins, sculptures et stop motion.

Réduit la taille de ses personnages pour adopter un format de 16 cm et travailler sur des groupes.

Image. Adopte la pâte à modeler pour animer ses œuvres, leur impulser un

Mouvement et réaliser ses films en stop motion. Conçoit un projet plus large pour

associer danse, sculpture et lumière. Une boite noire qui s’inscrit dans le projet d’une grande exposition en 2019 avec en perspective un spectacle et un livre.

Portraits / 1996...

Lucie, détail, terre cuite
camille claudel fusain
Charles Juliet,  terre cuite
Alberto Giacometti, fusain
Oda, détail, terre cuite
Mourad Merzouki, pâte à modeler
Charles Tolot, portrait, terre cuite

Corps / 1997...

bronze femme en mouvement
Bas-relief, terre cuite
Maternité, détail, terre cuite
Ensemble, terre cuite
Fusionnel, terre cuite
Mère et enfants, terre cuite
Famille, détail, terre cuite

Groupes / 2003...

Longue marche, terre
Essaim, terre cuite
Triangle, terre cuite
Perchoir, terre cuite
Battle, terre

Mouvement / 2009...

Karavel, haut-relief
Attraction, terre
Hip hop, croquis
Paravent, bois, toile et terre
Envol, terre

Sauts / 2014...

Grand saut, terre
Rencontre, terre
aravel, haut-relief, terre et plâtre
Double saut, terre

Films / 2014...

Boites noires / 2017...

Exposition de boites sur la péniche mytoc.fr
Boite Käfig
Boite Saut
Boite Saut, détail
Boite Visages
Boite Grand saut

Sculpture en direct / 2018...

D'après "cartes blanches" de M.Merzouki, terre
D'après "Des hommes en devenir" d'Emmanuel Merieu, peinture
D'après "Folia"de Mourad Merzouki, terre
D'après "Boxe Boxe" de Mourad Merzouki,détail, terre
D'après "Santa Madera", festival utopistes, terre

"Continuer..."

Une culture classique mais un geste contemporain.

Emilie Tolot sculpte le mouvement. Et elle a choisi la danse. Des oeuvres en terre surtout mais aussi en bronze… Et aujourd’hui des films d’animation qui mettent en scène ses sculptures.

Son style ? Ses références ? Son rêve ? Emilie n’aime pas qu’on lui pose des questions. Et quand elle répond c’est à contre-coeur, d’une voix douce. Un murmure, un petit sourire amusé au coin des lèvres. Brune aux yeux bleus, teint pâle… Tout est discrétion chez cette jeune femme. Et tout semble fragile, sauf ses mains, longues et musclées. 

«J’ai toujours dessiné, beaucoup dessiné. Des personnages surtout, des corps, des mouvements…», explique cette fille d’architecte qui va, à 17 ans, faire une rencontre décisive : Cécilia Delgado. «Elle exposait sur le marché des potiers dans le Vieux Lyon. Tout de suite j’ai aimé ce qu’elle faisait. Assez classique, des nus féminins surtout. Mais elle m’a donné envie d’aller plus loin que le dessin pour apprendre la sculpture. Le volume, la matière, le contact avec la matière…»

Cette lyonnaise rejoint alors son atelier où elle va «faire de la terre». Tout en rejoignant l’université en histoire de l’art pour préparer une maitrise. Puis en suivant aussi des cours de dessin et modèle vivant à’ Ecole des Beaux-Arts. Emilie choisit de travailler la faïence, une des trois variétés d’argile utilisée en sculpture avec le grès et la porcelaine. Une terre de base. «La contrainte technique est plus forte que pour le dessin, mais une fois assimilée, ce n’est plus un problème. Au contraire, avec la terre, je me suis sentie plus libre, plus créative».

Papier, pierre, bois, bronze… Elle essaye toutes les matières mais reste fidèle au geste fondateur, «modeler la terre». Parce qu’elle aime «travailler vite et passer à autre chose» pour «s’inscrire dans une dynamique». Elle ajoute : «La terre est à la sculpture ce que le dessin est à la peinture». Une approche où se joue l’essentiel. 

Rapidement, elle enseigne mais participe aussi à des expositions collectives et des salons où elle va décrocher plusieurs prix. La discrète n’en dira pas plus. Elle préfère évoquer une deuxième rencontre décisive, en 2014, avec le danseur et chorégraphe Mourad Merzouki. Le prophète du hip-hop. «Je n’ai jamais dansé. Mais j’ai toujours été fascinée par le mouvement. Notamment à travers le sport. Et j’ai eu envie de m’en emparer». 

Le déclic : un spectacle de la compagnie Käfig, Boxe-Boxe. «Un mélange entre des arts qui n’ont rien à voir : hip-hop, musique classique, boxe… Une alchimie qui fonctionnait très bien».

Mourad va lui faire confiance. Portes ouvertes, elle peut tout voir : résidences, répétitions, spectacles, coulissses… Tout de suite, elle se sent en phase avec le hip-hop : performance physique, technique, énergie… «L’évolution du corps dans l’espace et la recherche d’équilibre, c’est le point commun entre la danse et la sculpture. C’est encore plus fort avec le hip-hop qui s’inscrit dans un cercle. Intéressant car la sculpture est un geste circulaire».

Il y a deux ans, elle franchit un nouveau cap en découvrant la terre auto-durcissante qui sèche très vite, sans cuisson. «On doit donc travailler plus rapidement, de façon plus spontanée, avec moins de reprise». Une dynamique qui la stimule. Cette terre est également plus lisse donc plus précise, ce qui lui permet de travailler sur des petits formats. Elle décide alors de réduire la taille de ses sculptures à 16 centimètres, « la taille idéale » pour privilégier le mouvement. 

Derrière la douceur d’Emilie, une volonté. De la maturité, de la profondeur. Tout sauf un papillon qui virevolte au gré des modes, des flatteries ou des critiques.

Ses références ? «Les grands classiques», s’excuse-t-elle en citant Rodin et «sa façon d’exagérer une partie du corps pour le rendre plus expressif». Camille Claudel aussi. Ousman Sow «pour ses grandes figures en terre dont il fait des personnages vivants»…

Au passage elle précise : «J’ai plus de mal avec tout ce qui est abstrait. Ça me fait moins rêver. J’aime bien qu’il y ait à la fois de la technique et de la poésie. Mais c’est rare que les deux soient au rendez-vous. C’est ce qui me fascine chez Mourad».

La peinture ? «J’aime bien, le dessin surtout», se défile l’artiste en expliquant qu’elle n’a pas de «peintre fétiche». Mais quand on insiste, elle finit par avouer que cette discipline lui est étrangère : «Je n’arrive pas avec la couleur. Ça ne me parle pas. Pour moi, l’essentiel c’est le trait, la forme…». En revanche, pour le trait, elle convoque spontanément Giacometti, Michel Ange, Rodin… Tous sculpteurs ! 

Théâtre et cinéma, là encore elle semble étrangère. En revanche, son regard s’allume quand on lui parle littérature. Stefan Zweig, d’abord. «Lui il m’a tenu un moment». L’austère Charles Juliet aussi. Elle enchaîne avec Herrmann Hess. On lui fait remarquer que ce sont des écrivains pas vraiment drôles. Voire déprimants. «Il y a pire»,  dit-elle avant de conclure tranquillement : «Je ne suis pas très classique. Mes références oui, mais pas mon geste». 

D’ailleurs, elle affiche clairement son ambition : «Mener la sculpture où on n’a pas l’habitude de la voir». Et cette artiste très libre précise : «Plus ça va, moins je supporte de voir des sculptures sur un petit socle éclairé par une petite lumière. J’ai envie d’amener la sculpture ailleurs». 

Une envie qui l’a conduit à se lancer dans un exercice original : filmer son travail étape par étape. «En stop motion», précise-t-elle. Une série de photos pour réaliser au final un véritable film d’animation où ses oeuvres deviennent de vrais personnages. «J’aime bien car il n’y a pas de limite. Je peux aller jusqu’au bout du mouvement».  Elle a d’ailleurs réaliser  un film pour les 20 ans de Käfig, la compagnie de Mourad Merzouki. Des dizaines de sculptures en pâte à modeler, réalisées à partir des 16 spectacles, qu’elle a ensuite photographiées. Résultat : 3 000 images qui défilent en quatre minutes. Une performance qui présentée début novembre au Centre Chorégraphique National de Créteil. 

D’où son idée de boite noire pour prolonger cette expérience : réunir dans une même espace sculpture, film d’animation accompagné par un jeu de lumière… Un projet ambitieux qui devrait aboutir à une grande exposition en 2019 qui débouchera un spectacle avec de vrais danseurs mais aussi par la réalisation d’un livre boite qui raconte cette aventure. 

Mais tout ça reste encore un « chantier ». Même si on la sent déterminée. 

A 35 ans, Emilie Tolot n’avoue avoir qu’un seul rêve : «Continuer». Et si on insiste pour en savoir plus, elle répète, tranquillement, «continuer» d’un air imperturbable, regard bleu et petit sourire énigmatique. Rien ni personne, n’arrêtera sa main et ce mouvement qu’elle impose à la matière.

Philippe Brunet-Lecomte

Article publié par mytoc.fr en novembre 2016

Mère et enfants, terre cuite